La Paix dans la Révélation Biblique et Coranique

Published on 2007-12-27 17:35:15

Les textes sacrés ont, de tout temps, été sujets à interprétations. Certaines ont conduit et conduisent toujours, au meurtre, à la violence et à l’intolérance.
Par l'intermédiaire de Tania del Atrio, théologienne engagée dans le dialogue inter-religieux et inter-scripturaire, nous avons cherché à savoir ce qui en était réellement de la paix dans la Bible et dans le Coran.

Nous avons ainsi (re)découvert la très grande proximité qu’il existe entre ces deux livres sur ce thème et les exhortations des prophètes à respecter et même à accomplir, l’ensemble des directives des différentes traditions.

 

Si les artisans de paix devaient entreprendre l’inventaire des incitations à la paix contenues dans les différentes cultures, il leur faudrait embrasser la connaissance du patrimoine scripturaire et oral universel sur lequel reposent les religions fondatrices de nos cultures.

Au sommet des idéaux de justice, de fraternité, de solidarité humaine et planétaire, la paix, aspiration universelle des peuples, est en effet la pierre angulaire des bâtisseurs de tout avenir. C’est pourquoi l’incitation à la paix est intrinsèque à la plupart des textes sacrés ou des traditions orales de l’humanité.

Ainsi les hommes ont reçu, dans la diversité de leurs lieux, de leurs langues et de leurs cultures, la Parole Une et plurielle, inépuisable au long des siècles, des cycles et des générations successives : A chaque échéance, un Ecrit. (S. 13, 37-38). Un Livre a été envoyé pour chaque époque bien déterminée, en des langues bien distinctes, souligne le Coran qui se définit comme étant une Sagesse en arabe. D’où la succession dans la diversité, voulue par Dieu, des Critères de guidance, des voies et des lois spirituelles données aux Hommes pour définir les différents codes de vie régissant chacune des communautés humaines. Si Dieu l’avait voulu, il aurait réuni les Hommes en une seule communauté, précise le Coran, historiquement troisième Livre des fils d’Abraham (S.11, 118 ; 42, 8) Mais il a voulu vous éprouvez par le don qu’il vous a fait.(…) Nous avons donné à chacun d’entre eux une voie et une Loi. Rivalisez au mieux pour le Bien. Votre retour, à tous, se fera vers Dieu. Il vous éclairera alors sur vos divergences (S.5,48 ; 11, 118 ; 16, 93-94).

Lumière sur lumière, la révélation divine illumine et pénètre le souffle des inspirés (les prophètes) et s’inscrit dans ce que nous nommons les Livres révélés, en un mot, « l’Ecrit » : la Tora et les prophètes pour ce qui concerne la postérité spirituelle d’Abraham, puis l’Evangile venu confirmer la Tora et enfin le Coran descendu au VII ème siècle en Arabie, en langue arabe, pour confirmer et authentifier auprès du peuple arabe les Ecrits antérieurs, la Tora et l’Evangile ( cf. S 5, 44, 46, 48 ; 46, 12).
La lumière divine dont ils émanent est la source de leur unité et de leur distinction, en critères et guidances pluriels. Elle est don de Dieu aux humains pour cheminer, en libre adhérence, sur les sentiers de la paix.
Réunis en corpus – hélas trop souvent clos et réduits par les hommes à des clôtures dogmatiques – ces Ecrits et bien d’autres, constituent la somme des grands textes sacrés de l’humanité, patrimoine spirituel universel de la Mémoire, celle de l’homme dans celle de Dieu.

Les sentiers de la paix, une convergence éthique

L’Homme a été placé par Dieu « Calife sur terre », selon la belle expression coranique (S 2,30), pour y cultiver, faire croître et préserver toutes les semences de la vie, en réalisant sur terre l’ordre divin, dont la paix. Au fondement des Alliances biblique et coranique, elle est avant tout le fruit de l’observance de la Tora et des prophètes, de l’Evangile et du Coran. Ainsi, le Coran interpelle : O Gens du Livre ! Vous ne reposez sur rien tant que vous ne réalisez pas la Tora, l’Evangile ni ce qui vous est descendu de votre Seigneur (S 5, 68), c’est-à-dire le Coran, dont ce verset s’inscrit, tel un ultime testament, dans l’une des dernières sourates proférées par le Prophète Muhammad lors du « Pèlerinage de l’Adieu », quelques mois avant sa mort.*

* En juin 632, an XI. La sourate 5 est située au cent douzième, l’une des ultimes sourates dans l’ordre chronologique traditionnel

Cette Parole nous atteint tous, juifs, chrétiens et musulmans, confrontés au cœur de l’être et du réel, à nos carences et à nos fraudes avec l’idole secrète qui nous habite, nous parasite, nous contamine et fait obstacle à l’ordre divin : gravir le chemin ascendant vers Celui qui invite tous les hommes de bonne volonté à suivre « les sentiers de la paix » … seul chemin de vie.
Dieu guide avec lui ceux qui suivent, selon son gré, les sentiers de la paix, rappelle le Coran. Il les sort des ténèbres vers la lumière, puis il les guide vers le chemin ascendant (S 5, 16).

C’est l’unique occurrence de l’ expression « les sentiers de la paix » dans le Coran où le mot « paix », quant à lui, revient une cinquantaine de fois. Mais on ne saurait trop insister sur le fait que l’essentiel de la prédication de Muhammad fait inlassablement appel, non seulement à la purification de l’être par l’abandon des idoles mensongères, illusoires et mortifères, mais essentiellement à la Paix d’Allah, Source et Fin de tout être, de toute vie. Le mot « islam » qui dérive, comme le mot salâm, de la racine trilitère slm, connote dans toutes les langues sémitiques l’idée de paix.
A l’épuisement de toute guerre, la vraie conquête de l’Homme n’est-elle pas sa pacification, sur ce sentier de la paix, qui est pour tous les hommes de toutes nations, races, langues, cultures et religions, l’unique chemin universel de convergence éthique vers la « demeure de la paix », dâru-s-salâm (expression coranique pour désigner le Paradis, le Jardin céleste où nulle autre parole ne se fait entendre que Salâm ! Salâm (S 56, 26)).

Oui, nos liturgies terrestres reposent sur un socle unique, la paix, Shalom, mot qui revient en 235 occurrences dans la Bible et en 96 dans le Nouveau Testament. La paix, sa réalité constitue l’axe central de la pensée biblique hébraïque tout entière tendue vers cette perspective, vers cette espérance indéfectible qui est enclose dans la bénédiction sacerdotale sur les Fils d’Israël, transmise d’âge en âge :

Il te bénira, IHVH, il te gardera :
Il illuminera, IHVH, ses faces vers toi, il te graciera. Il portera, IHVH, ses
Faces vers toi, il mettra en toi la paix (Nb 6, 24-26).


Un pacte universel

La littérature biblique de Sagesse et d’enseignement hébraïque (Sira, Psaumes, Talmud) considère la paix comme le bien par excellence et les prophètes la placent au cœur de leur message jusqu’à en faire le thème central de l’espérance messianique (Is 57, 19 ; 66, 12 ; Jr 33, 6 ; Ez 37, 26). Le Messie, appelé prince de la paix (Is 9, 6), fera triompher la paix par la justice et restaurera la création dans son intégrité, apportant une paix infinie (Is 9, 6 ; 32, 17, 18 ; Ps 72, 7).

La paix, aux temps messianiques, sera le signe manifeste des bénédictions de Dieu lorsqu’adviendra l’émergence d’un homme neuf, né d’une réconciliation universelle, issue des réalités de l’Alliance et de ses promesses réalisées dans la lumière de l’Unique. Elle surviendra sur une terre renouvelée, selon la prophétie biblique et coranique, le Jour où la terre sera métamorphosée en une terre et des ciels neufs, annonce le Coran (S 14, 48).

La Parole qui juge

La création de ciels nouveaux, d’une terre nouvelle et d’un homme neuf annoncés antérieurement par les prophètes hébreux coïncide à la fin des temps avec le Jour du jugement des Nations, rendez-vous assigné par Dieu aux hommes appelés à faire retour vers Lui, au Jour et à l’Heure que Lui seul connaît (S 33, 63).

La Parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui les jugera au dernier Jour, disait Jésus venu confirmer et accomplir la Tora et les prophètes, en Terre du Sanctuaire consacré à IHVH (Jn 12, 48). Car il s’agit toujours d’une même Parole, Une et plurielle, issue du Souffle inspiré par les prophètes, transmise aux hommes comme une alerte et une annonce, consignée dans les Ecritures, désignées par le Coran sous le terme générique « l’Ecrit ». Le Jour où l’Heure surviendra, tu verras toute matrie agenouillée, toute matrie rappelée à son Ecrit, le Jour où vous serez rétribués pour ce que vous étiez à faire (S 45, 27, 28). Et le Coran d’évoquer –en termes intraduisibles- l’Heure de la Convocation universelle : Lorsque l’Heure sera signifiée aux Prophètes (S 4, 41), ils surgiront tous, Parole à l’appui, face à leurs matries (communautés) respectives, elles-mêmes convoquées au miroir du réel tel qu’il est. Allah fera venir de chaque matrie, en témoin contre elle-même, un prophète issu d’elle-même (S 4, 41 ; 16, 89).

Moïse témoignera contre son peuple, Muhammad sera témoin contre l’Umma islamique ; Jésus, attesté par le Coran comme étant suréminent parmi les prophètes, dénoncera non seulement les carences de la communauté chrétienne issue de sa parole, mais plus largement celles des Gens du Livre – chrétiens, juifs, musulmans – parmi ceux qui se sont divisés en rivalités confessionnelles et en conflits meurtriers au nom de leurs Ecrits respectifs, transmuant la Parole de paix et de vie en arme de guerre et de mort, et trahissant ainsi son message d’unité et d’Amour.

Le Coran lui-même constate, pour le dénoncer, que peu d’hommes parmi les dépositaires de la Révélation ont été fidèles à ses sources scripturaires et à l’essence du message abrahamique. Les luttes fratricides au nom de Dieu, du refus des différences ou des rivalités religieuses d’essence egolâtrique et hégémonique, sont rigoureusement proscrites par le Coran : il promet aux diviseurs d’être vaincus par leurs divisions et qualifie le meurtre au nom d’Allah de crime sans rémission. Il ne leur était ordonné que de le servir, d’être fervents à élever leur prière et de donner l’aumône (S. 98, 5).

« Ohé, les Envoyés (…) votre matrie est unique,
Moi, je suis votre Seigneur ! Frémissez de moi.
Mais ils ont fait éclater leur affaire en morceaux,
Chaque secte exaltant ce qu’elle avait en main
». (S. 23, 52-53).

Ceux à qui les Ecrits furent donnés se sont divisés en rivalités, après avoir reçu le savoir (S. 3, 19).

Si ton Seigneur l’avait décidé, il aurait rassemblé tous les hommes en une seule matrie, mais ils ne cessent de se combattre, sauf ceux auxquels ton Seigneur a fait miséricorde (S. 11, 118).

(…) Ceux qui effacent ne cesseront pas tant que l’Evidence ne leur parviendra pas : un Envoyé d’Allah leur scandera les Purs Feuillets, les Ecrits éternels (S. 98, 1-3).

Il n’est ordonné que de servir Allah, candides pour lui : ceux qui, en fervents, élèvent la prière et donnent l’aumône, voilà la religion immuable
(S. 98, 5).

… « Leur unité, chez eux, s’est brisée. Ils reviendront tous vers Nous »(S. 21,93).

Dans un hadîth (sentence) célèbre, le Prophète Muhammad, lui-même confronté au soir de sa vie à des mouvements de sédition, de schismes et de luttes fratricides entre musulmans en proie à l’émergence de faux prophètes menaçant l’Umma islamique de sécession politico-religieuse (qu’il dût combattre tandis qu’autour de lui pointaient de graves discordes et luttes entre ses proches pour le pouvoir à sa succession), prédit la division de l’Islam en « 73 sectes dont une seule irait au Paradis ». Peu avant de mourir, la tradition lui prête cette ultime déclaration prophétique à ses fidèles à la mosquée : « O peuple ! le feu est attisé, les discordes déferlent comme les vagues de la nuit la plus sombre. Par Allah, vous ne m’en tiendrez pas responsable. Je n’ai permis que ce que le Coran a permis et n’ai prohibé que ce que le Coran a prohibé ». Entre autres les divisions entre chrétiens, entre juifs et chrétiens et entre Gens du Livre en général, au nom de leurs Ecrits respectifs, souillés du sang de leurs discordes.

Une nouvelle Alliance, l’Alliance des Alliances

Le rappel aux accents intransigeants du Coran qui se définit lui-même comme étant, après la Tora reçue par Moïse et l’Evangile donné à Jésus pour confirmer la Tora, un Livre confirmatif des autres, en langue arabe ; une alerte donnée aux fraudeurs, une annonce faite aux excellents, les intègres (cf. S 46, 12), vient souligner l’existence originelle de cette Alliance.

« Je n’innove rien parmi les prophètes !, rappelle Muhammad. Je ne suis que ce qui m’est révélé, je ne suis qu’un alerteur manifeste (S. 46, 9). Parole aux lointains échos d’Evangile : « Je ne suis pas venu abolir la Tora et les prophètes, mais accomplir », disait déjà Jésus en affirmant que « pas un signe de la Tora - fut-ce le plus infime – ne passera que tout n’advienne de tout ce qui s’y trouve inscrit »(Mt 5, 17-19). A condition d’en accomplir l’ordre qui est au fondement de toute paix, de toute justice et du salut : ne pas faire d’idole, fut-ce et surtout, de son propre ego, individuel ou collectif.

Unique en son essence et en sa source, le message des prophètes annonciateurs d’un royaume de justice et de paix que juifs, chrétiens et musulmans avaient pour charge de réaliser dans l’unité d’une Alliance qui fonde le triptyque de la Révélation, s’est fracassé contre les dures réalités conflictuelles de la saga « abrahamique ». Nous voyons bien que le salut promis par nos Ecritures et d’évidence compromis, sinon neutralisé par nos divisions ; et c’est au bord du gouffre où s’accumulent trois millénaires d’infidélités à la Promesse, que nous attend la Parole qui nous juge. Incarcéré dans les ghettos de nos clôtures dogmatiques, le Verbe de Paix attend sa libération de notre propre ouverture à tous ses souffles créateurs de vie. Il est urgent d’ouvrir la liturgie du Grand Pardon, initiée par Jean-Paul II, à l’humanité une et plurielle en ses multiples identités culturelles et spirituelles réciproquement méprisées ou ignorées. C’est contre la mort seule, possible aujourd’hui dans un suicide planétaire, que s’élève la Parole dans l’Ecrit en ce Triptyque de l’Alliance, ouverte à toutes les alliances avec les puissances créatrices de vie, pour peu que les fils d’Abraham entendent son Appel à un réveil et à un Relèvement. Donnons lieu à l’utopie coranique d’un peuple neuf qu’Allah suscitera, un peuple qu’il aime et qui l’aime, humble à l’égard des autres croyants, exigeant contre les effaceurs (S 5, 54). Un peuple pluriel fondé sur la reconnaissance de l’autre et l’unité de l’amour, incarné dans la justice et la paix. Telle est la désirance de Celui qui n’attend rien d’autre que sa coïncidence dans le réveil des fils d’Abraham, conviés au Pacte neuf de leur réconciliation et leur alliance face aux forces de la mort.
La redécouverte commune de nos racines autour de nos sources scripturaires revisitées devrait permettre de mettre en relief leur vertu dialogale, porteuse d’une espérance ; celle de la naissance d’un homme nouveau qui marquera la fin d’un monde révolu et le commencement d’une ère nouvelle, ouverte à tous les souffles de l’esprit lui-même renouvelé par la puissance du Verbe.


Tania del Atrio
Extraits d’une conférence prononcée le 13 Mai 2003 à l’Institut Catholique de Paris, dans le cadre du programme « Artisans de Paix »

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DECLARATION ET PLAN D’ACTION - Troisième Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix

DECLARATION ET PLAN D’ACTION

Les dignitaires religieux, imams et rabbins accompagnés de chrétiens et d’experts du monde entier, se sont retrouvés pour leur troisième congrès mondial, afin de déterminer « ensemble » les moyens de défendre le caractère sacré de la paix et de s’engager concrètement, et dès à présent, à tout mettre en œuvre pour résoudre dans le cadre religieux le conflit israélo-palestinien

Ce Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix s’est tenu à Paris, du 15 au 17 décembre 2008 sous le patronage de l’UNESCO et le parrainage de S.E.M Abdoulaye Wade, Président du Sénégal et Président de la 11ème session de la Conférence Islamique au Sommet.

Tout d’abord, les imams et rabbins rejoints par les chrétiens, confirment leur engagement à dénoncer et condamner désormais, sans cesse, publiquement, et sans aucune réserve, toutes formes de violence, de terreur, d’injustice, qu’elles soient d’origine individuelle ou collective, commises au nom de Dieu et, ou, de leurs religions et des textes sacrés.
Ils réitèrent également leur volonté d’être les garants actifs de la Sacralité de la Paix.

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Blog Shalomalaykum

Des citoyens du monde entier se mobilisent pour la paix :

Retrouvez leurs témoignages et leurs messges de soutien pour la fin du conflit et pour la réconciliation entre les Israëliens et les Palestiniens.

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