L'enrichissement mutuel du Judaisme et de l'Islam : La dignité de la personne humaine — une valeur commune de base

Published on 2007-12-27 17:35:15

Pour faire suite à l’article de la semaine dernière, qui traitait de l’enrichissement mutuel de l’islam et du judaïsme à travers le témoignage de l’histoire, l’Institut Elijah se penche cette semaine sur une valeur fondamentale, commune aux deux religions, la dignité de la personne humaine.

Loin des clichés et loin des violences, nous replongeons ainsi dans les racines profondément humanistes et profondément communes de l’islam et du judaïsme.

 

Bien que générales et théoriques, les valeurs de base sont de puissants instruments aptes à guider la pratique religieuse, à critiquer les façons par lesquelles une religion a pu dévier de son cours idéal et de trouver un terrain commun entre les différentes traditions religieuses. L’articulation des valeurs communes de base est un pas important sur la route qui conduit à exprimer où peuvent résider les contributions communes de Judaïsme et de l’Islam aux problèmes de l’humanité. L’exposé qui suit, entend suggérer que la dignité de la personne humaine est une valeur de base commune au Judaïsme et à l’Islam.

Dans les deux traditions, la dignité de la personne est fondée sur la création et réaffirmée à travers la révélation qui enseigne le fidèle à respecter l’homme. Les deux traditions affirment qu’Adam (l’Homme, l’humanité) a été créé au masculin-féminin, voir Gn 1,26-27- 5,1-2 « Mâle et femelle, il les crée et les bénit. Il crie leur nom, Adâm, au jour de leur création » (Gn.5,1-2) en tant qu’être individuel, en contraste avec les animaux, qui ont été créés collectivement.
Ceci sous-entend que l’humanité possède une position unique et privilégiée dans la Création. Cela a aussi des conséquences morales, telles qu’elles sont énoncées dans la tradition juive qui suit. Mishna Sanhedrin 4, 5 propose ceci pour justifier de la création d’Adam en tant qu’individu unique : « Pour que règne la paix entre les hommes, que personne ne puisse dire à son semblable : Mon père est plus grand que le tien ». Le terme hébreu pour désigner l’homme, que l’on trouve aussi en Arabe, est ben Adam, fils d’Adam, notre père commun. On pourrait aussi dire « nos aieux », « Adam » signifiant le glébeux, nom de l’humain masculin et féminin.(Gn.5,1-2). Nous avons déjà mentionné les commandements moraux universels connus comme commandements noachides, donnés à Adam pour être une loi commune à toute l’humanité. L’unité universelle de l’homme a son équivalent à la fin des temps lorsque, selon la vision eschatologique du Judaïsme, toute l’humanité sera réunifiée dans la connaissance commune du Dieu unique.

Cependant, l’unité ne conduit pas à négliger la diversité au sein de l’humanité. Le même Mishna enseigne : « Ceci nous instruit de la grandeur de l’Unique Saint, béni soit-Il, parce que l’homme frappe beaucoup de monnaies avec un seul moule, et elles sont toutes pareilles, mais le Roi du Roi des Rois, l’Unique Saint, béni soit-Il, a marqué chaque homme du sceau d’Adam, et aucun d’entre eux n’est pareil à autrui. De ce fait, chacun est obligé de dire : « C’est pour moi que le monde a été créé ». L’affirmation coranique de la diversité humaine fondée sur l’acte créateur de Dieu, a déjà été mentionnée auparavant.

La position spéciale de l’homme dans la création nous permet de prendre en compte la correspondance qui existe entre lui et son créateur. De même que le créateur est un, l’homme a été créé un. La grandeur de Dieu se reflète ainsi à travers le genre humain. La création de l’homme individuel a de plus amples conséquences morales. Le même Mishna enseigne : « Quiconque détruit une seule âme est considéré comme s’il avait détruit le monde entier, et quiconque sauve une âme est considéré comme s’il avait Nous décrétâmes, pour les fils d’Israël, que quiconque tuera une âme sans que celle-ci ait tué une âme, ou sèmera la corruption sur la terre, ce sera comme s’il avait tué toute l’humanité. Et Nous décrétâmes que quiconque fera vivre une âme ce sera comme s’il avait fait vivre toute l’humanité » (V, 32). La valeur suprême accordée à la vie humaine est fondée dans la compréhension de la position spéciale de l’homme dans la création, une compréhension commune à la fois au Judaïsme et à l’Islam.

Peut-être que la relation la plus puissante entre Dieu et la valeur absolue de l’homme est véhiculée par l’expression biblique selon laquelle ; « L’homme a été créé à l’image de Dieu » (Genèse, I :27). Selon la perspective juive, cette idée a été formulée pour être une sorte de valeur de base du type de celles auxquelles nous nous sommes référés ci-dessus, un principe religieux à la lumière duquel les autres aspects de la religion prennent forme. Ceci s’exprime dans la pensée de Ben Azzai, dans sa fameuse controverse avec Rabbi Akiba, rapportée dans le Midrash (Genesis rabba 24,8). Rabbi Akiba considérait que la maxime principale de l’enseignement du Judaïsme est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lév. 19 :18). Contre cela, Ben Azzai affirmait que la plus importante leçon de la Bible est : « ceci est le livre des générations de l’homme ; au jour où Dieu créa l’homme, Il le créa à la ressemblance de Dieu » (Gen. 5 :1). Selon Ben Azzai, la création de l’homme à l’image de Dieu l’emporte même sur le principe de l’amour du prochain. Là où l’amour du prochain peut être construit en termes étroits qui confinent l’amour offert à l’intérieur de la communauté, l’idée de la création à l’image de Dieu offre une base extérieure dans la relation à Dieu qui garantit le statut et la valeur de la personne humaine. La création à l’image de Dieu a pour conséquence la pratique de la dignité et du respect envers l’humanité, faite à l’image de Dieu.
Ces sentiments se retrouvent dans l’Islam, qui utilise parfois le même langage, et parfois des termes différents. Le Coran offre diverses expressions de sa haute vision de la perfection de la personne humaine, comme dans les versets suivants : « Nous avons créé l’homme de la plus belle constitution » (XCV, 4). Plus significatif encore, à la lumière des sources bibliques, est le hadîth, compris de diverses manières, qui dit : « Dieu a créé l’homme à son image ». Il est frappant de voir combien des réflexions concernant le statut de la personne humaine sont identiques dans les deux traditions. En allant plus loin, on peut se souvenir de l’affirmation de ‘Â’isha concernant le Prophète, selon laquelle sa nature était toute entière le Coran, qui est la parole incréée de Dieu. Ceci suggère que la perfection de l’homme n’est autre que le reflet de la perfection de Dieu.

Une des dimensions de la compréhension biblique de la création à l’image de Dieu est la charge assignée à l’homme sur le reste de la création dont il doit prendre soin. De même, la tradition musulmane reconnaît que manifester la perfection de Dieu implique de manifester les mêmes soins, responsabilité, amour et compassion envers toute la création, que ceux que Dieu accorde à Ses créatures à chaque instant. La tradition musulmane comprend l’homme comme le couronnement de la création et comme khalîfa, c’est-à-dire régent, représentant, lieutenant, chargé de la responsabilité envers le monde. L’idée musulmane que Dieu a désigné l’homme pour être Son lieutenant dans la création montre à la fois le statut spécial de l’homme et sa responsabilité envers la création.

Un beau témoignage de la dignité de l’homme et de la façon dont il doit agir en tant que lieutenant de Dieu se trouve dans le document suivant qui exalte le pardon, la compassion et la compréhension pour les autres. Le quatrième calife de l’Islam et gendre du Prophète, ‘Alî ibn Abî Tâlib, écrivit à un gouverneur qu’il avait désigné : « Imprègne ton cœur de compassion, d’amour et de bonté pour tes sujets. Ne sois pas en face d’eux comme un animal vorace, en les prenant pour des proies faciles, car ils sont de deux sortes : soit ils sont tes frères en religion soit tes égaux dans la création. L’erreur les rend inconscients, les défauts les dominent, ils commettent de mauvaises actions intentionnellement ou par erreur. Accorde-leur donc ton pardon et ta clémence aussi largement que tu espères que Dieu t’accordera Son pardon et Sa clémence. Car tu es au-dessus d’eux, celui qui t’a désigné est au-dessus de toi, et Dieu est au-dessus de celui qui t’a désigné.

A considérer l’héritage moral commun de la tradition judéo-musulmane, un des concepts clés qui régit leurs visions du monde respectives et communes concerne la place de la personne humaine dans le schéma de la création et de la vie spirituelle. L’exposé précédent a mis ce concept au centre et l’a présenté comme principe directeur, à la lumière duquel les deux traditions peuvent conformer leur attitude envers l’autre, en termes pratiques et concrets. Passer en revue la multitude des conséquences pratiques que la notion de la dignité de la personne humaine peut avoir dans la vie au jour le jour des communautés juives et musulmanes vivant côte à côte, serait outrepasser les limites de ce qui nous est demandé. Les circonstances présentes ne permettent pas de prendre en considération comment ce principe pourrait ou devrait être exprimé en relation avec les règles légales particulières aux deux traditions, en particulier si elles sont pertinentes en situation de conflit. Le travail légal et herméneutique requis pour s’engager dans ces dimensions est trop détaillé et est, en tous les cas, un sujet qui concerne les spécialistes de la loi des deux côtés. La contribution présente cherche à ouvrir la discussion entre Juifs et Musulmans sur la reconnaissance de la valeur de base commune, qui pourrait servir de balise à la lumière de laquelle les débats pratiques et légaux pourraient être tenus. Si l’on s’accorde sur cette valeur commune, elle nous permettra d’évaluer à quel degré nos traditions lui sont fidèles et de nous appeler à la mettre en application.

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DECLARATION ET PLAN D’ACTION - Troisième Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix

DECLARATION ET PLAN D’ACTION

Les dignitaires religieux, imams et rabbins accompagnés de chrétiens et d’experts du monde entier, se sont retrouvés pour leur troisième congrès mondial, afin de déterminer « ensemble » les moyens de défendre le caractère sacré de la paix et de s’engager concrètement, et dès à présent, à tout mettre en œuvre pour résoudre dans le cadre religieux le conflit israélo-palestinien

Ce Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix s’est tenu à Paris, du 15 au 17 décembre 2008 sous le patronage de l’UNESCO et le parrainage de S.E.M Abdoulaye Wade, Président du Sénégal et Président de la 11ème session de la Conférence Islamique au Sommet.

Tout d’abord, les imams et rabbins rejoints par les chrétiens, confirment leur engagement à dénoncer et condamner désormais, sans cesse, publiquement, et sans aucune réserve, toutes formes de violence, de terreur, d’injustice, qu’elles soient d’origine individuelle ou collective, commises au nom de Dieu et, ou, de leurs religions et des textes sacrés.
Ils réitèrent également leur volonté d’être les garants actifs de la Sacralité de la Paix.

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Blog Shalomalaykum

Des citoyens du monde entier se mobilisent pour la paix :

Retrouvez leurs témoignages et leurs messges de soutien pour la fin du conflit et pour la réconciliation entre les Israëliens et les Palestiniens.

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